Chers Frères et Sœurs,

À la demande du pape François, nous célébrons en ce premier dimanche d’Avent le dimanche de la Parole de Dieu. En effet la liturgie de l’avent nous fait découvrir le sens de la Parole de Dieu. Comme dit saint Paul dans sa première lettre aux Corinthiens, « en Jésus-Christ, vous avez reçu toutes les richesses de la Parole et de la connaissance de Dieu » (1 Co 1,3-9). En effet, la parole de Dieu, prononcée par Jésus, nous éclaire et nous oriente dans notre vie.

Par exemple, aujourd’hui dans l’évangile, Jésus nous invite à être des gens éveillés, des serviteurs attentifs, et à saisir le moment favorable.

Cela tombe bien un jour d’ordination diaconale comme celui-ci. Car le diacre, littéralement parlant, est un serviteur, quelqu’un qui se met au service de Dieu et des autres. Telle est la vocation d’Alain-Didier, qui va être ordonné diacre aujourd’hui. Le Seigneur lui demande d’être éveillé. « Regardez et veillez, dit la maître dans la parabole de Jésus. Vous ne savez pas quand c’est le moment favorable » (Mc 13,33). La Parole de Dieu, donc, nous réveille et nous rend attentifs au bon moment, au moment favorable, en grec le kairos. Et certainement que cette ordination est un moment favorable, qui nous réveille et nos interpelle.

Le temps de l’Avent présente deux facettes : il nous rend lucides sur nos fragilités présentes et nous rend confiants pour le futur. Donc, d’un côté, il nous permet de reconnaître nos manques, nos désirs, notre petitesse et notre fragilité ; et de l’autre, il nous permet d’espérer la rencontre avec Dieu et de fêter sa venue dans notre vie.

La facette de la fragilité est bien présente dans la parabole que Jésus nous raconte. Il nous présente l’histoire d’un homme parti en voyage, qui confie sa maison à ses serviteurs (Mc 13,33-37). Dans le premier temps, on vit donc l’absence du maître de maison. Chacun doit se débrouiller comme il peut. On ne sait pas quand il reviendra. Jésus montre que nous sommes tous comme des serviteurs qui attendent leur maître. Dans notre vie, nous sentons une absence, nous attendons une rencontre avec quelqu’un qui nous aide. Nous sentons que nous ne pouvons faire tout nous mêmes, faire les choses tout seul. Nous avons besoin d’une force qui nous inspire et qui nous pousse en avant. Comme dit le prophète Isaïe (Is 63, 16-19 ; 64, 2-7), « Pourquoi, Seigneur, nous laisses-tu errer hors de ton chemin ? » « Nous sommes égarés », nos cœurs s’endurcissent, « nous étions desséchés comme des feuilles mortes ». Ces paroles coïncident avec nos sentiments. Souvent, nous nous disons que le Seigneur n’agit pas, qu’il est absent dans nos sociétés, qu’on ne le sent pas dans sa vie. On voit les injustices du monde, les difficultés de la vie, les maladies qui nous font souffrir. Le Seigneur semble loin. De plus, quand nous nous centrons sur nous mêmes, nous débouchons dans l’angoisse, parce que nous n’avons pas les forces pour accomplir notre vocation, notre mission.

Mais justement, à travers cette conscience de nos faiblesses, le Seigneur nous invite à faire confiance dans sa force, dans sa venue. Comme l’écrit Isaïe, Dieu a déchiré les cieux : « Voici que tu es descendu, dit le prophète. Tu viens rencontrer celui qui pratique la justice, celui qui se souvient de toi en pratiquant tes chemins ». Donc grâce à la rencontre avec Dieu, nous sommes capables de pratiquer la justice. Isaïe ajoute : « Nous sommes l’argile ; c’est toi, Dieu, qui nous façonnes, nous sommes l’ouvrage de ta main ». Nous sommes recréés par Dieu, nous sommes façonnés par lui, si sommes attentifs à sa parole et à sa présence. Pour cela il faut veiller, être attentifs. Comme dit Jésus dans la parabole : « Veillez donc, car vous ne savez pas quand le maître de la maison reviendra… Je le dis à tous : veillez ! ».

En ce temps de l’avent, nous découvrons que le temps n’est pas cyclique ou répétitif, il n’est pas un perpétuel recommencement ; il est toujours nouveau. Le temps, c’est notre richesse, c’est notre espérance, c’est notre perspective de futur. Il faut savoir saisir le moment favorable quand il se présente. Vous avez vu ce qui s’est passé cette semaine avec la visite du pape en Birmanie et au Bengladesh. Il a voulu rencontrer tout le monde y compris les Rohingyas, cette minorité musulmane qui est rejetée hors de Birmanie. Le pape les a rencontrés dans leur pays d’accueil, le Bengladesh ; il a cité leur nom dans ce deuxième pays ; dans le premier pays, il a évoqué leur situation sans citer leur nom explicitement, car il ne voulait pas indisposer les autorités locales et voulait éviter des représailles contre la minorité chrétienne. Mais il a été plus explicite dans le pays d’accueil : donc le pape a saisi l’occasion favorable, il a eu la vivacité d’esprit et l’esprit d’éveil pour ne pas blesser les uns et ne pas oublier les autres. Et ainsi il a fait avancer la cause des victimes, il a créé un temps nouveau, une espérance nouvelle, qui est la perspective même de ce temps d’avent.

Un autre temps favorable, c’est celui de l’ordination diaconale d’Alain Didier. Il va être ordonné diacre en vue du presbytérat. C’est un grand moment pour lui, après une préparation intense et un stage très positif dans cette Unité pastorale. Pour lui, comme pour tout notre diocèse, son ordination est un moment d’espérance, une occasion favorable. Le diacre manifeste de façon sacramentelle la présence du Christ-diacre, du Christ-serviteur, qui se met au service de l’humanité. Il est serviteur des pauvres, serviteur de la communauté et serviteur de l’autel, par la lecture de l’évangile durant l’eucharistie. À travers ses fragilités personnelles, le diacre dit à Dieu, comme Isaïe : « Seigneur, tu es notre Père. Nous sommes l’argile ; c’est toi, Dieu, qui nous façonnes, nous sommes l’ouvrage de ta main ». C’est certainement la prière d’Alain-Didier au fond de son cœur.

Chacun de nous peut en dire autant : nous sommes tous comme de l’argile dans la main de Dieu. Grâce à cela, nous pourrons vivre la joie de la rencontre avec Dieu, la joie de la naissance de Dieu dans notre vie, la joie de Noël qui s’annonce. Pour vivre la joie de Noël, il faut se préparer en rendant notre cœur disponible à Dieu. Il faut reconnaître notre fragilité, il faut reconnaître notre désir du retour du maître de maison dans notre vie et découvrir notre mission de serviteur, notre vocation dans la vie du monde.

Soyons des témoins éveillés, des auditeurs attentifs à la Parole de Dieu, dans notre monde souvent engourdi dans ses certitudes. Laissons-nous modeler par la main de Dieu. Amen !

+ Mgr Jean-Pierre Delville, votre évêque.

 

© Joseph DINO NZISIRINGA