Homélie 1er dimanche Avent
Cathédrale de Liège, le 29 novembre 2020

Jean-Pierre Delville, évêque de Liège

 

Chers Frères et Sœurs,

Le temps de l’Avent présente deux facettes : il nous rend lucides sur nos fragilités présentes et nous rend confiants pour le futur. Donc, d’un côté, il nous permet de reconnaître nos manques, nos désirs, notre petitesse et notre fragilité ; et de l’autre, il nous permet d’espérer la rencontre avec Dieu et de fêter sa venue dans notre vie.

La facette de la fragilité est bien présente dans la parabole que Jésus nous raconte. Il nous présente l’histoire d’un homme parti en voyage, qui confie sa maison à ses serviteurs (Mc 13,33-37). Dans le premier temps, les serviteurs expérimentent donc l’absence du maître de maison. On ne sait pas quand il reviendra. Chacun doit se débrouiller comme il peut. C’est un peu ce que nous vivons en ce temps de pandémie : Dieu semble absent, on ne peut plus vivre de messes en communauté, à cause du confinement.

Dans notre vie, nous sentons une absence, nous attendons une rencontre avec quelqu’un qui nous aide. Jésus montre que nous sommes tous comme des serviteurs qui attendent leur maître. Nous sentons que nous ne pouvons faire tout nous mêmes, faire les choses tout seul. Nous avons besoin d’une force qui nous inspire et qui nous pousse en avant. Comme dit le prophète Isaïe (Is 63, 16-19 ; 64, 2-7), « Pourquoi, Seigneur, nous laisses-tu errer hors de ton chemin ? » « Nous sommes égarés », nos cœurs s’endurcissent, « nous étions desséchés comme des feuilles mortes ». Ces paroles coïncident avec nos sentiments. Souvent, nous nous disons que le Seigneur n’agit pas, qu’il est absent dans notre monde, qu’on ne le sent pas dans sa vie. On voit les injustices du monde, les difficultés de la vie, les maladies qui nous font souffrir. Le Seigneur semble loin. De plus, quand nous nous centrons sur nous mêmes, nous débouchons dans l’angoisse, parce que nous n’avons pas les forces pour accomplir notre vocation, notre mission. 

Mais justement, à travers cette conscience de nos faiblesses, le Seigneur nous invite à faire confiance dans sa venue, dans sa force. Comme l’écrit Isaïe, Dieu a déchiré les cieux : « Voici que tu es descendu, dit le prophète. Tu viens rencontrer celui qui pratique la justice, celui qui se souvient de toi en pratiquant tes chemins ». Donc grâce à la rencontre avec Dieu, nous sommes capables de pratiquer la justice. Isaïe ajoute : « Nous sommes l’argile ; c’est toi, Dieu, qui nous façonnes, nous sommes l’ouvrage de ta main ». Nous sommes recréés par Dieu, nous sommes façonnés par lui, si sommes attentifs à sa parole et à sa présence. Pour cela il faut veiller, être attentifs. Comme dit Jésus dans la parabole : « Veillez donc, car vous ne savez pas quand le maître de la maison reviendra… Je le dis à tous : veillez ! »

En ce temps de l’avent, nous découvrons que le temps n’est pas cyclique ou répétitif, il n’est pas un perpétuel recommencement ; il est toujours nouveau. Le temps, c’est notre richesse, c’est notre espérance, c’est notre perspective de futur. Il faut savoir saisir le moment favorable quand il se présente. Saisissons l’occasion favorable et laissons-nous inspirer par la parole de Dieu. Grâce à cela, nous pourrons vivre la joie de la rencontre avec Dieu, la joie de la naissance de Dieu dans notre vie, la joie de Noël qui s’annonce. Pour vivre la joie de Noël, il faut se préparer en rendant notre cœur disponible à Dieu. Il faut reconnaître notre fragilité, il faut reconnaître notre désir du retour du maître de maison dans notre vie et découvrir notre mission de serviteur, notre vocation dans la vie du monde.

Laissons-nous modeler par la main de Dieu. Amen !

Vigilance et espérance

Seigneur Jésus, en ce temps d’avent,
tu m’invites à rester éveillé.
Il est vrai que j’ai tendance
à fermer les yeux
sur le monde et sur ma vie.

J’oublie que tu viens vers moi,
que tu es comme ce maître de maison,
parti en voyage, mais prêt au retour.

En ton absence,
tu nous confies la mission
de garder la maison.
En ta présence,
tu veux nous trouver éveillés !

Tu nous accordes ta confiance,
pendant ton voyage ! Merci !
Tu nous donnes l’espérance
de ton retour dans la joie !
Merci, Seigneur Jésus !

+ Jean-Pierre Delville, évêque de Liège