Homélie 1er dimanche Carême
Appel décisif des catéchumènes

Cathédrale de Liège

 

Chers Frères et Sœurs, chers Catéchumènes,

C’est une joie pour moi de célébrer avec vous ce premier dimanche de Carême.

C’est une joie que d’accueillir dans cette cathédrale les adultes qui se préparent au baptême et qui vont recevoir aujourd’hui leur appel décisif, ainsi que leurs parrains et marraines, et les équipes qui les ont accompagnés.

Chers Catéchumènes, vous vous êtes préparés depuis longtemps déjà à recevoir le sacrement du baptême et vous serez aujourd’hui appelés chacun par votre nom ; en vous appelant l’Église va ratifier votre démarche libre de vous approcher de Dieu par le baptême. Vous l’avez d’ailleurs précisé en m’écrivant une lettre ; je vous remercie pour ces courriers très soignés que vous m’avez envoyés.

Votre démarche, dont l’Église souligne aujourd’hui la dimension libre et personnelle, se déroule le premier dimanche de Carême. En effet toute la liturgie du carême est conçue comme une progression vers le baptême et une préparation liturgique de celui-ci, qui se déroulera le jour de Pâques. Vous les Catéchumènes, vous entraînez tous les chrétiens dans votre démarche pour que nous puissions revivre le sens de notre baptême en préparant la fête de Pâques.

Voici quarante jours particuliers qui se présentent à nous : « carême » signifie « quarantième » (« quadragesima », en latin).

Quarante jours en mémoire des quarante jours passés par le Christ au désert (Mt 4,1-11).

Quarante jours en mémoire des quarante ans passés par le peuple d’Israël au désert, dans son exode de l’Égypte vers la Terre Promise (Ex 3,7-10).

Quarante jours comme les quarante semaines de grossesse d’une femme qui attend son enfant. Comme me l’expliquait un médecin, on parle de neuf mois pour une grossesse, mais en fait on devrait parler de dix mois lunaires ou de quarante semaines !

Quarante semaines pour un accouchement ! Quarante jours pour une résurrection ! Ainsi le carême ressemble-t-il à une grossesse, et la résurrection à un accouchement. Il est un symbole étonnant ! Comme la grossesse, le carême est un moment qui met le corps à l’épreuve, un moment qui développe la vie, un moment qui construit des relations nouvelles, un moment qui débouche sur l’accouchement, sur la lumière, sur la résurrection, sur la communauté nouvelle. Car le monde a besoin d’hommes et de femmes nouveaux, d’hommes et de femmes meilleurs.

Nous avons découvert aujourd’hui dans les lectures bibliques la victoire de Jésus sur le péché. Le péché est bien réel dans notre monde ; mais est bien réelle aussi la capacité que Jésus nous offre de repousser le péché et le mal. Ainsi, vous les catéchumènes, vous avez manifesté qu’on peut choisir librement de suivre Jésus pour lutter contre le mal et le péché en nous et dans notre monde.  Vous avez vécu ce chemin de conversion.

Cette victoire de Jésus sur le mal est manifestée par les trois tentations qu’il a surmontées. La première tentation est celle des pierres que Satan suggère à Jésus de changer en pains. C’est la tentation de la satisfaction immédiate, la tentation de satisfaire tout de suite nos besoins matériels, c’est la tentation de la richesse. Jésus répond, en se basant sur l’Ecriture : « L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ». En cette époque sensible à l’écologie, le jeûne prend une dimension nouvelle : celle du respect de la création et de la promotion de la sobriété de vie. Jeûner de nourriture est une attitude qui invite chacun à se nourrir aussi de la Parole de Dieu.

Dans la seconde tentation de Jésus, le diable propose à Jésus de se jeter du haut du temple, en croyant que Dieu enverra ses anges pour amortir sa chute. C’est la tentation de la magie. C’est la tentation de faire de Dieu un magicien et de faire de la religion une magie. C’est manipuler Dieu, c’est l’instrumentaliser, le mettre à mon service. Jésus répond à cette tentation en disant : « Il est écrit aussi : tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu ». Jésus rappelle que Dieu est plus grand que nous, que nous n’avons pas à le tenter, à le mettre à notre service, à l’exploiter, à l’aliéner. Cela veut dire que nous avons à vivre d’humilité et de confiance en Dieu, grâce à la prière. C’est la prière humble qui nous délivre de la tentation de la magie.

Enfin dans la troisième étape, le tentateur entraîne Jésus sur une haute montagne et lui montre tous les royaumes du monde et leurs richesses. Il suggère que Jésus se prosterne devant lui. Alors, Jésus recevra le pouvoir sur toute la terre. C’est la tentation du pouvoir. Jésus répond par le premier commandement, donné à Moïse sur le Sinaï : « Un seul Dieu tu adoreras ; c’est à lui seul que tu rendras un culte ». Il s’agit d’unifier notre vie autour du Dieu unique, au lieu de nous perdre dans des ambitions qui nous rongent et nous détruisent. Le remède au pouvoir, c’est le partage, c’est l’aumône, c’est la solidarité avec les pauvres.

Jésus surmonte ces trois tentations, en s’aidant chaque fois de l’Écriture. Telle est la vie du chrétien, tel est notre devoir de Carême. Les trois prescriptions du Carême : le jeûne, la prière et l’aumône, nous aident à surmonter les trois tentations : celle de la richesse, celle de la magie et celle du pouvoir. Mais Jésus nous rassure : nous ne sommes pas seuls, sa grâce nous aide.

Que ce Carême soit pour tous, catéchumènes comme baptisés, ce temps du salut. Bon carême à tous!

† Jean-Pierre Delville, évêque de Liège.