Fête Nationale, 21 juillet 2021 Te Deum

Introduction de Mgr Jean-Pierre Delville

Cathédrale de Liège

 

Mesdames et Messieurs, en vos titres, grades et qualités,
Chers Frères et Sœurs,
Chers Concitoyens,

Bienvenue à tous et à toutes !

Dans le cadre tragique des inondations que nous venons de subir dans la province de Liège et le reste de la Belgique, la Fête nationale de 2021 est profondément marquée par les détresses de beaucoup de nos concitoyens. Des personnes sont mortes dans l’écroulement de leur maison ou ont été emportées par les flots. Nous prions pour elles et les gardons dans notre cœur.

Nous portons aussi dans nos pensées et nos prières les familles qui ont perdu un être cher et qui se trouvent dans la souffrance ; ou qui sont dans l’incertitude, quand les personnes sont disparues. Nous prions Dieu pour ceux qui ont été sinistrés et qui ont vu leur maison dévastée. Beaucoup ont perdu leurs biens et les objets qui leur sont chers. Tous, nous avons été pris par la peur et l’anxiété durant cette interminable chute de pluie qui s’est abattue sur notre région et sur notre pays. Face à tout cela, il nous est venue l’envie de pleurer !

Notre pensée va aussi vers les personnes, professionnels et bénévoles, qui se sont engagées au secours de la population, car elles se sont donnés corps et âme en affrontant l’inondation et ses conséquences ; beaucoup de rescapés se sont mis à aider leurs voisins et ils se sont engagés courageusement à dégager leurs maisons ; nous les remercions de tout cœur pour leur force mentale et leur solidarité. Nous avons la chance d’avoir été aidés par des sapeurs-pompiers venus de France, d’Italie et d’Autriche, mais surtout par des bénévoles venus de partout en Belgique.

Je voudrais remercier spécialement tous les responsables politiques et les autorités civiles, qui ont été affrontés à une crise sans précédent et ont pris les décisions les plus opportunes dans cette situation : nous leur exprimons notre gratitude.

L’année a également été marquée par la crise du Covid. Cette pandémie aussi a entrainé des décès, des souffrances et des solidarités. Elle nous force à chercher une meilleure vie en société au niveau mondial. La mondialisation de la maladie a révélé l’interdépendance que nous vivons sur terre. Les changements climatiques n’affectent pas seulement les zones extrêmes comme les déserts, les pays chauds ou les pôles ; ils nous affectent aussi, au point que certains ont taxé l’inondation de tsunami. Oui, le monde est devenu un village et notre pays accueille comme partout de nombreux immigrés.

À ce sujet, je voudrais mentionner ceux qui font la grève de la faim à Bruxelles, à l’église du Béguinage, ainsi qu’à l’ULB et à la VUB. Les évêques de Belgique, par la voix du cardinal Joseph De Kesel, se sont exprimés publiquement le 9 juillet en faveur d’une solution de la situation des grévistes de la faim à travers un dialogue innovant. J’espère que la situation extrême dans laquelle ces migrants se trouve suscitera bientôt une réaction décisive au niveau politique.

Alors que nous avons encore la tête pleine de cris, de douleurs et de deuil, nous pouvons imaginer un monde meilleur, un monde qui soit davantage basé sur une solidarité collective de l’humanité. Car si nous sommes victimes de changements climatiques liés aux conséquences de la technologie, nous devons aussi construire une mondialisation de la solidarité et de la justice sociale. Car la prière n’est pas que demande, elle est aussi rêve d’avenir et espérance pour le futur. Elle est même un merci et une action de grâces. Peut-être que notre merci sera timide, dans l’épreuve que nous vivons. Mais le merci est moteur d’avenir, car il marque notre reconnaissance pour tout ce qui a été fait de beau et il prépare le futur. C’est dans la difficulté que les personnes se révèlent. Nous remercions tous ceux qui se sont engagés, tous ceux qui ont donné de leur temps aux autres dans la difficulté, tous ceux qui construisent un avenir plus respectueux de l’être humain, plus respectueux de la dignité humaine et de la justice, plus respectueux de la création et de l’écologie. Tournons-nous avec confiance vers l’avenir et construisons dès maintenant un monde meilleur.

Introduction au Te Deum

Nous avons entendu le Salve Regina, une hymne adressée à la Vierge Marie, composée au 12e siècle et popularisée par saint Bernard de Clairvaux. Nous avons choisi cette hymne pour cette cérémonie parce qu’elle bien de circonstance. La phrase centrale, qui paraît parfois un peu doloriste, s’avère être d’actualité : Ad te suspiramus, gementes et flentes in hac lacrimarum valle. Vers toi nous soupirons, gémissant et pleurant, dans cette vallée de larmes. Oui, il n’est pas interdit de pleurer et de soupirer, dans nos situations et nos épreuves. Surtout si l’on peut faire confiance à une mère au cœur tendre et miséricordieux, la Vierge Marie. Celle-ci est vénérée dans le diocèse de Liège comme la « Vierge des Pauvres », depuis les apparitions de Banneux de 1933. Là aussi, le qualificatif est d’actualité, car nous sommes pauvres face au déchainement des éléments naturels. Dans cet esprit d’humilité nous nous associons au chant de louange qu’est le Te Deum. Il nous rappelle que le Christ a « libéré l’humanité captive ». Il s’adresse au Christ en lui disant : « Par ta victoire sur la mort, tu as ouvert à tout croyant les portes du Royaume ». Rendons grâces pour cette liberté retrouvée et pour cette victoire sur la mort.