Guerre et paix : un appel à la conversion

Chers Frères et Sœurs,

Fin février, nous avons assisté au déferlement de la guerre en Ukraine et nous craignons qu’elle ne s’étende au monde entier. On voit les dégâts et les atrocités de la guerre. La mort est devenue banale et les vies sont menacées, en particulier celles des femmes et des enfants agressés, mais aussi celles des soldats russes engagés sur le terrain contre leur volonté. Trop de personnes sont tuées, blessées, déportées, trop de maisons sont détruites, trop de souffrance s’est propagée. Nous voyons la logique de la mort l’emporter sur celle de la vie. Les structures mauvaises du monde ont entraîné la guerre en Ukraine. La guerre réveille les sentiments de violence dans l’être humain et bouscule tous les équilibres du monde : « Des peuples mugissent, des règnes s’effondrent », dit le psaume (Ps 45, 7).

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Demandons à Dieu de nous libérer de ce mal : « Le Seigneur détruit la guerre jusqu’au bout du monde ; il casse les arcs, brise les lances, incendie les chars. Il nous dit ‘Arrêtez ! Sachez que je suis Dieu. Je domine les nations, je domine la terre’ » (Ps 45 10-11). Ainsi nous découvrons que le mal est dans la guerre, il est dans le cœur des belligérants, il est même dans le cœur de chaque être humain, à cause de sa complicité avec le mal, volontaire ou involontaire, par action ou par omission. C’est pourquoi nous devons aussi nous corriger nous-mêmes et pas seulement accuser les autres.

Aidons les sinistrés, accueillons les réfugiés, travaillons à la paix. Merci à tous ceux et celles qui se sont engagés en ce sens. Merci à celles et ceux qui ont monté des réseaux de solidarité. Merci à celles et ceux qui ont ouvert leur maison aux déplacés. Grâce à eux, « les flots du fleuve réjouissent la ville de Dieu » (Ps 45,5).

À travers toutes ces réalités, nous sommes amenés à nous convertir. La conversion, c’est se décentrer de soi pour s’ouvrir à l’autre ; c’est répondre à une parole d’amour ; c’est renouveler sa vie et la rendre plus féconde. La parole d’amour retentit spécialement autour de Pâques et convertit le cœur des disciples. « Pierre, m’aimes-tu ? », demande Jésus à Pierre qui l’avait trahi (Jn 21,16-19). Cette parole touche le cœur de Pierre, qui répond : « Oui, Seigneur, tu sais que je t’aime vraiment ». Pierre se convertit. Jésus lui confie alors une mission, qui donnera une vie nouvelle à Pierre : « Pais mes brebis ! » Pierre devient le berger de la communauté chrétienne.

Le mois de mai est aussi le mois de Marie. Celle-ci a vécu l’espérance, mais elle est passée par la souffrance. Elle a accompagné Jésus jusqu’à la croix. Là, elle a reçu une nouvelle maternité, quand Jésus lui a présenté le disciple bien-aimé et qu’il a dit à sa mère : « Femme, voici ton fils ». Puis il dit au disciple : « Voici ta mère » (Jn 19,26-27). Depuis lors, Marie est pour chacun de nous une mère et elle fait de nous des frères et des sœurs. Là encore, la parole du Christ donne une fécondité nouvelle à l’être humain. Que son Esprit inonde le monde de sa paix !

†  Jean-Pierre Delville, votre évêque