Faire carême, une année de coronavirus ?

Chers Frères et Sœurs,

On a déjà fait pénitence toute l’année ! Tout le monde a été impacté par le coronavirus : décès de personnes proches, souffrances dues à la maladie, bouleversements dans la vie professionnelle, épuisements dans la vie quotidienne… Faut-il ajouter un carême à ce lot de souffrances ?

Kamil Szumotalski – © Unsplash

Plus que jamais ! Car la pandémie nous a fait découvrir que nous étions tous liés sur cette terre, tous victimes d’une même pandémie, tous en attente d’un remède, d’un vaccin ou d’un médicament. Cette solidarité dans la souffrance nous incite à vivre une solidarité dans le salut. Le carême nous aide à ne pas vivre seuls notre démarche de conversion, mais avec d’autres. Le carême nous invite à faire pénitence ensemble, à faire la vérité sur notre vie, à reconnaître notre péché devant Dieu, à implorer sa miséricorde, à prier pour nous unir à lui, à nous convertir en vue d’un monde meilleur, à nous engager au service des pauvres : jeûne, prière, aumône, nous dit la tradition.

Pour contrecarrer le péché collectif qui est dévoilé par la pandémie, nous devons prier Dieu qu’il nous délivre de cette pandémie, qu’il convertisse nos cœurs et nous inspire des solutions aux déséquilibres de notre humanité. Nous le prions de nous aider à vivre un amour collectif et une solidarité concrète.

Pour cela, nous sommes invités par Entraide et Fraternité à aider les populations de Madagascar, qui vivent dans une grande pauvreté. Nous pouvons les soutenir en promouvant des projets d’aide aux agriculteurs. Ceux-ci nous aideront en retour à développer le respect de l’écologie, car ils sont engagés dans une agriculture respectueuse de la nature. Avec eux, nous voulons qu’il y ait plus de justice dans le monde et que les agriculteurs puissent être propriétaires de leur terre.

Ainsi, au fil des dimanches de carême, nous serons entrainés à nous convertir, à la suite de Jésus au désert (1er dimanche), comme les disciples à la Transfiguration (2e dimanche), comme les témoins des catastrophes de Jérusalem (3e dimanche), comme le fils prodigue (4e dimanche), comme la femme adultère (5e dimanche). Nous découvrirons comme eux tous la miséricorde de Dieu pour nous.

Avec l’évangile de Luc, nous sommes invités à nous mettre en marche avec Jésus en ce carême. Luc nous décrit souvent Jésus sur les chemins. Son premier chemin durant sa vie publique le mène au désert : « Jésus, rempli d’Esprit Saint, quitta les bords du Jourdain ; dans l’Esprit, il fut conduit à travers le désert » (Lc 4,1). Nous aussi, l’Esprit nous conduit en des zones inconnues et il nous invite à découvrir Dieu autrement. Laissons-nous conduire par l’Esprit, le souffle de Dieu, et sachons découvrir la face cachée des choses. Comme Jésus tenté au désert, résistons à la tentation de tout faire par nous-mêmes, et mettons notre confiance en Dieu, en l’inouï de sa parole et en le pari de l’amitié avec notre prochain. Marchons avec les disciples sur la Montagne de la Transfiguration (Lc 9,28-36), faisons le détour par la Tour de Siloé (Lc 13,1-9), revenons au Père avec le Fils prodigue (Lc 15,1-32), compatissons face à la lapidation de la femme (Jn 8,1-11). Ce dernier passage est une péricope errante, parfois insérée dans les manuscrits après Lc 21,38 : évangile mouvant, aussi instable que l’écriture de Jésus sur la terre, message à réécrire aujourd’hui dans une démarche nouvelle : « Va et, désormais, ne pèche plus ».

Car aujourd’hui encore des gens sont lapidés, des gens sont perdus sur les routes, des gens sont tués dans les catastrophes et dans les guerres. Tous nous avons besoin de salut. Notre prière, notre jeûne et notre solidarité ouvriront au monde les portes du salut ! Bon carême à tous ! (Et déjà, bonne fête de Pâques !)

†  Jean-Pierre Delville, votre évêque