Un carême sans GPS

Chers Frères et Sœurs,

« Route barrée » ! Zut ! C’est le genre de panneau qu’un automobiliste n’aime pas voir. D’autant plus que son GPS ne lui donne plus la bonne route : il le ramène toujours à l’endroit où la route est coupée ! Comment faire ? Il faut faire un détour, il faut inventer un autre chemin. C’est pénible, on perd du temps et de l’énergie, mais cela peut être une découverte. Si on change d’itinéraire, on doit subitement regarder exactement où on roule et où on va. Tout est nouveau ; subitement on voit et on regarde le paysage. Finalement, on apprend du nouveau, on découvre de nouvelles routes, de nouveaux paysages, de nouvelles personnes…

Photo: © FTPB Yves Gabriel

Il en va de même dans notre carême : avec la pandémie, il a changé de route et nous n’avons plus le GPS des célébrations habituelles ; nous sommes limités dans nos rencontres, dans nos moments de prière, dans nos projets. Dès lors, ce carême nous pousse à avoir un regard différent sur le monde, sur notre Église et sur nous.

Les disciples de Jésus aussi ont dû changer de regard sur Jésus. C’est ce que nous découvrons dans le récit de la Transfiguration, en ce 2e dimanche de carême, veille du 1er mars : Jésus, d’après l’évangile selon saint Marc, apparaît transfiguré à ses disciples, « ses vêtements devinrent resplendissants, d’une blancheur telle que personne sur terre ne peut obtenir une blancheur pareille » (Mc 9, 3-4). La lumière de la Transfiguration est une anticipation, un signe avant-coureur de la résurrection du Christ, avant sa passion. Mais Jésus demande à ses disciples « de ne raconter à personne ce qu’ils avaient vu, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts », car ils doivent d’abord accompagner Jésus dans sa Passion et sa mort. Ils doivent accepter de ne plus voir la lumière pendant un certain temps.

Cette lumière qui débouche sur les ténèbres nous fait penser à la pandémie que nous vivons. Elle répand sur nous les ténèbres de la maladie, de la pauvreté, de la peur et de l’isolement. Mais elle fait apparaître aussi la lumière de la solidarité, des soins donnés, de l’amitié renouée, de la prière intense, des projets pour l’avenir et de l’espérance dans un monde meilleur. Nous découvrons notre fragilité et nos faiblesses ; mais nous réagissons en découvrant de nouvelles forces dans notre vie.

Tout cela nous invite à la conversion, au renouvellement du cœur. Depuis un an que nous vivons dans cette situation inconfortable et douloureuse, nous avons appris la nécessité de la conversion. Par exemple, nous sommes limités en nombre dans nos églises et nos réunions, nous sommes réduits à de petits groupes et de petites communautés. C’est peut-être l’occasion de faire connaissance de façon plus approfondie les uns avec les autres, de vivre intensément les moments privilégiés de prière communautaire et d’inviter ceux qui n’ont pas encore eu l’occasion de venir.

Dans le cadre du Carême de partage, nous nous tournons cette année vers la République démocratique du Congo. Nous voulons soutenir l’agriculture de ce pays, qui a un grand besoin d’aide extérieure pour se développer. C’est Entraide et Fraternité, l’ONG de l’Église catholique pour le soutien au développement, qui se charge de répartir les fonds recueillis et les distribue aux entreprises de paysans qui développent une agriculture solidaire et ont besoin de matériel agricole comme des formations aux techniques innovantes. En outre, pour aider la RDC, Entraide et Fraternité lance aussi une campagne pour l’annulation de la dette des pays du Sud. Cette dette est lourde et injuste parce qu’elle appauvrit les populations, les empêche d’accéder à l’eau potable et à l’alimentation autonome. Ce sont ces projets-là que nous soutiendrons par nos collectes de carême. Ainsi nous ne serons plus centrés sur nous-mêmes, mais unis à toute l’humanité, dans une communion mystérieuse qui intègre la souffrance, la mort et la résurrection.

Soyons prêts à recevoir la lumière de la résurrection du Christ dans chacune de nos vies, en priant pour le salut de toute l’humanité.

Bon carême à tous ! Et déjà, bonne fête de Pâques !

† Jean-Pierre Delville, votre évêque