Homélie Baptême du Christ A
Célébration avec les communautés d’origine étrangère

Jean-Pierre Delville, évêque de Liège

Cathédrale de Liège – 12 janvier 2020

Chers Frères et Sœurs,

C’est une grande joie pour moi de vous adresser la parole en cette célébration avec les communautés d’origine étrangère. C’est une grande joie de vous voir rassemblés de différents pays du monde, avec tous ceux qui s’engagent dans l’accueil ici dans notre diocèse de Liège. Nous sommes réunis ici avec de nombreuses communautés : vietnamienne, syrienne, italienne, africaine, croate, polonaise philippine et autres. Cette célébration nous rassemble, à l’initiative de la Pastorale des migrants et des Communautés d’origine étrangère et de ses responsables, le vicaire épiscopal Baudouin Charpentier, et Madame Isabelle Cegielka, avec la participation des aumôniers des différentes nations citées.

Le pape François nous dit, dans son message pour la Journée mondiale des migrants (29 septembre 2019) : « La présence des migrants et des réfugiés – comme, en général, des personnes vulnérables – représente aujourd’hui une invitation à retrouver certaines dimensions essentielles de notre existence chrétienne et de notre humanité, qui risquent de s’assoupir dans un style de vie rempli de confort. C’est en cela que l’expression ‘il ne s’agit pas seulement des migrants’ signifie qu’en nous intéressant à eux, nous nous intéressons aussi à nous et à tous ; en prenant soin d’eux, nous grandissons tous ; en les écoutant, nous laissons aussi parler cette part de nous que nous gardons peut-être cachée parce qu’aujourd’hui elle n’est pas bien vue ».

Comme le dit saint Pierre, d’après les Actes des Apôtres, « Dieu accueille, quelle que soit la nation, celui qui le craint et dont les œuvres sont justes ». C’est la « bonne nouvelle de la paix par Jésus-Christ, lui qui est le Seigneur de tous » (Ac 10, 35-36).

Ainsi le baptême nous unit tous dans la même espérance et dans la même foi, que nous soyons nés en Belgique ou ailleurs. Déjà le baptême donné par Jean-Baptiste concernait tout le monde ; on venait de Jérusalem jusqu’au Jourdain pour se faire baptiser. C’était le signe d’une conversion, d’un changement de vie. Même Jésus, qui n’avait pas besoin d’un baptême de conversion, se fait quand même baptiser par Jean-Baptiste. Jean est étonné (Mt 3,13-17). C’est que Jésus veut être uni à tous ceux qui cherchent une conversion dans leur vie et un avenir meilleur. Il est en train d’accomplir un grand tournant dans sa vie : il passe de la vie cachée à la vie publique ; il sort de Galilée pour rejoindre la vallée du Jourdain, il sent un appel à sortir, à vivre un moment spirituel intense avec le baptême et à s’engager dans l’annonce du royaume de Dieu. Jésus change de vie, et pour cela, il se fait baptiser.

Ainsi vos tous qui êtes immigrés en Belgique, vous avez aussi changé de vie, vécu une conversion, recherché un avenir meilleur. L’immigration, c’est comme un baptême. D’ailleurs quand quelqu’un vit quelque chose de nouveau, on dit à son sujet : « Il a reçu le baptême du feu ! » Cela veut dire : il est passé par une épreuve et il en est sorti victorieux.

Ce changement de vie, ce n’est pas seulement réservé aux immigrés. C’est vrai pour tous. Comme dit le pape : « Il ne s’agit pas seulement des migrants ». Frères et Sœurs, savons-nous changer de vie ? Savons-nous creuser notre vie spirituelle ? Avons-nous l’ambition de changer le monde, de le rendre meilleur et plus heureux ? Car telle est l’ambition de Jésus, quand il va annoncer le Royaume de Dieu : c’est la venue d’un monde nouveau et meilleur. Et tel est le sens de notre baptême ! Par le baptême nous naissons à la vie de Dieu, nous naissons au Royaume de Dieu, un royaume en devenir, en construction.

Jésus lui-même vit une nouvelle naissance, puisqu’il entend cette voix du ciel qui dit : « Celui-ci est mon fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie » (Mt 3,17). Jésus se découvre fils bien-aimé de Dieu. Cette nouvelle naissance de Jésus est fêtée aujourd’hui et clôture le temps de Noël. Elle nous invite tous à renaître avec Jésus, à participer à sa naissance et pas simplement à contempler sa crèche de loin, comme un objet de curiosité.

Le baptême de Jésus débouche sur son épiphanie, c’est-à-dire sur la manifestation de sa nature profonde. Le baptême de Jésus fait apparaître la présence de la Trinité : la voix du Père, la colombe de l’Esprit Saint et la personne du Christ. Le baptême est donc l’occasion d’une rencontre entre Dieu et l’homme.

C’est donc un avenir de bonheur que le baptême nous offre et une vie en plénitude, une vie éternelle. C’est pourquoi le baptême de Jésus est une fête de l’espérance pour chacun de nous. Le Seigneur veut donc remettre debout tous ceux qui vivent dans l’épreuve, spécialement ceux qui sont migrants et réfugiés ; pour cela, il veut que nous vivions une solidarité entre nous. D’une part, la Belgique a quelque chose à apporter aux immigrés, en particulier la paix et la sécurité ; d’autre part, les immigrés apportent quelque chose à la Belgique, à commencer par leur foi dans la vie, leur foi en Dieu, leur dynamisme culturel, leur solidarité familiale et sociale. Une preuve en est cette célébration elle-même et la présence de nombreux immigrés. Certains interviendront par leurs chants à différents moments de cette célébration. C’est pourquoi nous apporterons à l’autel différents symboles de joie, comme un violon et un ballon.

Merci Seigneur de nous avoir réunis ce matin autour de toi, dans nos diversités d’origine !
Merci pour la manifestation de Jésus comme Fils de Dieu et investi de l’Esprit-Saint !
Merci de nous unir au baptême de ton fils Jésus par notre baptême !
Merci de nous donner une nouvelle perspective de vie !
Amen ! Alléluia !

† Jean-Pierre Delville, évêque de Liège