Homélie du 6e dimanche de Pâques C

Anniversaire des 51 ans de S. Egidio
Liège, Collégiale Saint-Barthélemy

Jean-Pierre Delville

Liège, le 26 mai 2019.

Chers Frères et Sœurs,

En cet anniversaire de la Communauté de S. Egidio, nous sommes dans l’action de grâces pour la présence de l’Esprit Saint à travers la Communauté au cours de l’année écoulée. L’Esprit en effet nous permet de concrétiser l’évangile dans le présent. Sans cela, la foi chrétienne pourrait paraître ringarde, attardée au passé, attachée à un personnage mort il y a deux mille ans, Jésus de Nazareth. Mais en fait Jésus avait voulu que son message soit toujours mis à jour, qu’il ne soit pas congelé ou frigorifié ! Pour cela, il envoyé son Esprit. C’est-à-dire son souffle de vie, sa flamme d’amour, pour qu’il nous anime aujourd’hui. C’est cela qu’on fête dans la confirmation : c’est le don de l’Esprit ; donc la mise à jour du message chrétien ; sa présence dans le monde moderne.

Vous venez d’entendre, dans l’évangile, comment Jésus a promis son Esprit à ses disciples (Jean 14,23-26). L’Esprit « vous enseignera tout, dit Jésus, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit. » En effet, avec l’Esprit l’enseignement de Jésus n’est pas seulement du passé, c’est aussi du présent. L’Esprit de Jésus est pour nous un défenseur, un assistant, un « paraclet ». Il nous stimule à vivre au présent ce que Jésus a dit et a fait. Il nous invite à aimer Jésus comme lui nous aime. Il nous invite à nous sentir aimés. C’est sans doute l’expérience la plus forte de la vie humaine, que de se sentir aimé. Inversement, quand on n’est pas aimé, on en souffre beaucoup, on se sent agressé, on dit : « celui-là ne m’aime pas ». On est perturbé alors. Mais quand on est aimé, on se sent réconforté, encouragé, fortifié. C’est pourquoi Jésus nous promet que nous sommes aimés par lui et par son Père. Jésus promet qu’il vient habiter en nos cœurs, qu’il s’engage envers nous : « Si quelqu’un m’aime, dit Jésus, mon Père l’aimera, nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de lui ». Donc Dieu habite en nos cœurs et nous protège.

Cet évangile a été concrétisé dès les premières années de l’Eglise primitive, comme nous l’avons entendu dans la première lecture. Nous découvrons qu’à Antioche les chrétiens ont admis parmi eux tous les païens qui le désiraient, sans exiger la pratique des rites juifs. Ainsi l’évangile s’est manifesté clairement comme universel. Cela nous le vivons tout particulièrement dans la communauté S. Egidio.

Celle-ci nous invite à nous mettre au service des autres. Grâce à elle, des jeunes s’engagent au service des enfants dans l’école de la paix, des adultes s’engagent au service de personnes âgées dans des maisons de repos, des bénévoles font le service au restaurant social Kamiano. Chacun contribue à développer l’action de grâces à Dieu et l’esprit de reconnaissance sociale. L’évangile est plus qu’une tradition, c’est une parole vivante ;

C’est pour cela que la Communauté S. Egidio s’est engagée dans l’amitié avec les pauvres, à commencer par les enfants de la rue, les gitans, les SDF, mais aussi les personnes âgées et les étrangers.

Depuis 1986 et la Prière des religions pour la paix lancée par le pape Jean-Paul II à Assise, la Communauté S. Egidio a aussi ciblé le service de la paix et du dialogue entre religions en faveur de la paix. Car la guerre est la mère de toutes les pauvretés, comme l’a dit Andrea Riccardi, le fondateur de S. Egidio. En apportant la paix, on rend service aux pauvres par priorité. Cela peut concerner aussi les malades du SIDA, les prisonniers condamnés à mort, ou les handicapés.

Le Pape François, en rendant visite à la Communauté à l’occasion de ce cinquantième anniversaire, nous a rappelé les trois « p » avec lesquels il a synthétisé le charisme de la Communauté : prière, pauvres et paix. Il y a un besoin de prière, d’amour pour les pauvres et d’engagement pour la paix. Lors de cette visite, le pape a ajouté : « Depuis la naissance de votre Communauté, le monde est devenu global : l’économie et les communications se sont unifiées. Mais, pour beaucoup de personnes, en particulier les pauvres, de nouveaux murs ont été élevés. Les différences sont des occasions d’hostilité et de conflit. Il faut encore construire une globalisation de la solidarité et de l’esprit. Le futur du monde global est de vivre ensemble. Cet idéal demande l’engagement de construire des ponts, de dialogue, de continuer à se rencontre ».

Pour tout cela, soyons dans l’action de grâces ! Merci à tous ceux qui s’engagent dans la Communauté, merci à ceux qui participent à sa prière, merci à tous ceux qui la soutiennent par leur amitié !

Amen ! Alléluia !

+ Jean-Pierre Delville, évêque de Liège.