«  », antenne liégeoise de l’asbl Ordre de Malte Belgique, qui s’occupe des , est à la recherche de volontaires pour assurer l’accueil et d’autres services. L’occasion aussi de revenir sur la situation des sans-abris à  où un  organise la  depuis 2001.

Chaque année, l’actualité des sans-abris refait surface en hiver mais aussi à l’approche de l’été quand certaines villes prennent des mesures pour éloigner les « indésirables » des centre-villes où affluent les touristes estivaux. A Liège, depuis bientôt vingt ans, un règlement communal régit la mendicité. Nous avons recueilli les points de vue des mondes politique et associatif sur l’utilité et l’application  de ce décret liégeois, en vigueur depuis 2001 (voté avec une majorité de 39 voix contre 6).

André Schroyen, échevin cdH : « Sans règlement, nous serions encore plus démunis. »

Pour l’échevin cdH, le sujet est délicat car deux valeurs s’y opposent : celle du bien public, du vivre ensemble, et la détresse de personnes fragilisées. « La plupart des mendiants sont des personnes en détresse sévère et beaucoup sont en proie à l’alcoolisme, à la toxicomanie, à un désordre mentale (parfois les trois) et peuvent perturber l’ordre public. Certains adoptent des comportements agressifs ou squattent des lieux inappropriés (entrée d’immeuble). Il y aussi une question de salubrité publique« .

Le règlement sur la mendicité pose un cadre normatif pour réguler le phénomène dans le centre urbain. Ainsi, le territoire liégeois est divisé en 14 zones ; les zones sont réparties sur les jours de la semaine. Le règlement donne une base légale d’intervention pour les forces de police. André Schroyen insiste sur la prévention : « Quand une personne se trouve en infraction du règlement, elle n’est pas systématique emmenée au poste de police ». Les agents lui fournissent un exemplaire du règlement et lui en rappelle les principes. Ils informent également le contrevenant des possibilités de prise en charge par les différents services (CPAS, PCS, relais social) et associations (abri de nuit, thermos, La Fontaine). Les forces de police prennent des mesures plus sévères lorsqu’ils se retrouvent face à un multirécidiviste ou une agressivité manifeste. « Sans règlement, on serait démuni. Dire que tout est réglé serait utopique. Le règlement est un outil pour intervenir en cas de besoin.»  ajoute André Schroyen.

Depuis son entrée en vigueur, le texte n’a d’ailleurs jamais été amendé.

« Liège est un pôle touristique mais aussi économique et estudiantin. Le rôle de la Ville est de veiller au bien-être des habitants et des personnes quiséjournent en Cité Ardente et au développement des diverses activités présentes sur son territoire. Je n’ai pas de solution miracle. » conclut l’échevin liégeois.

Adrien Fiévet, Relais Social du Pays de Liège : « Le règlement de 2001 est un outils disciplinaire avec une dimension humaine. »

Adrien Fiévet est formel : « Le règlement de 2001 n’a jamais été un sujet de discussion. Les usagers des différents services d’aide aux sans-abris ne s’en plaignent pas. Les habitués de la mendicité connaissent le règlement par la police et le bouche à oreille. » Néanmoins, il reconnait « qu’une application stricte est quasiment impossible. »
Les sans-abris n’ont pas le sentiment d’être persécutés par la police. « Le règlement est certes un outil disciplinaire mais avec une dimension humaine, souligne Adrien Fievet, l’article 11 du règlement stipule que les usagers doivent être informés du règlement et de leurs droits. »

Le Relais social du Pays de Liège est un acteur important dans la prise en charge de la problématique des ans-abris dans la Cité Ardente. Les éducateurs de rue suivent plus ou moins 330 personnes mais le nombre total de personnes concernées par la rue et la mendicité s’élèverait à près de 400. Le Relais social coordonne aussi les abris hivernaux. En période de grand froid, une centaine de lits sont mis à la disposition des SDF. En été, l’offre se réduit comme peau de chagrin ; pour Liège Ville, seuls 23 lits sont disponibles. Chaque été, l’abri doit refuser quotidiennement une dizaine de demandes. Le nombre de SDF recensés sur le territoire liégeois est stable depuis 10 ans. On considère qu’il y a une proportion d’hommes et de femmes de l’ordre de 85 pour 15.

Nathalie de Laminne, coordinatrice à La Fontaine : « A Liège, il y a un bon dialogue entre le réseau associatif et les autorités communales. »
A Liège, la maison « La Fontaine », créée par l’Association Belge de l’Ordre de Malte existe depuis 1999. Deux autres structures sont également actives à Bruxelles et Gand.
Le nom fait référence à l’eau, source de vie, au cœur des missions de l’asbl puisqu’elle propose aux démunis et aux sans-abris de se laver et de laver leurs vêtements.
L’action principale de La Fontaine, « c’est de permettre à toute personne, à la rue ou en situation de grande précarité, d’accéder à l’hygiène et aux soins », comme nous l’explique Nathalie de Laminne.L’association propose donc un panel de services autour de ces deux pôles : douche, lavoir, soins infirmiers, consigne à bagage (la seule gratuite à Liège), coiffeur, pédicure, café et soupe.
La Fontaine est spécialisée dans le suivi en santé mentale grâce au travail d’un psychologue et d’un psychiatre. « Les soins infirmiers sont assurés tous les jours. La maison est ouverte de 9h à 13h 7 jours sur 7 et le mercredi après-midi. Les bénéficiaires peuvent avoir accès aux services deux fois par semaines sauf pour ceux qui doivent recevoir un traitement médical journalier », précise Nathalie. 
La Fontaine accueille journalièrement une cinquantaine de personnes. Sur un mois, près de 300 personnes différentes fréquentent le lieu. « Il y a ceux que l’on voit depuis 20 ans et des nouvelles personnes tous les jours. » nous confie Nathalie.

Concernant le règlement de 2001, Nathalie émet quelques réserves : « Je ne crois pas que placer les personnes en infraction 6 heures au cachot règlera quoique ce soit. » Pourtant, le règlement est connu mais « les sans-abris n’ont pas toujours la possibilité – la faculté –de le respecter », souligne Nathalie.
« Néanmoins, nous avons de très bons contacts avec les autorités communales et le travail en réseau fonctionne. De plus, la police liégeoise fait preuve d’une fibre sociale lorsqu’elle aborde les sans-abris. Il y a un souci d’une prise en charge humaine », reconnait Nathalie.
Nathalie confirme le manque cruel de places en abri de nuit surtout en période estivale.

La Fontaine recherche donc des volontaires pour des prestations le matin entre 9h et 14h (pas le we). Si vous êtes intéressé(e), merci de prendre contact avec Madame Nathalie de Laminne au 04/222 06 66 ou par mail, via lafontaineliege@ordredemaltebelgique.org

Sophie Delhalle