La publication des nouvelles directives pour les funérailles a donné lieu à des réactions qui montrent bien que le sujet est sensible. En plus, ces réactions ont été nourries par des informations unilatérales ou tronquées dans certains médias. Lors de leur réunion décanale de janvier, les prêtres et les diacres auront échangé sur le sujet en faisant écho aux réactions enregistrées. J’ai adressé quelques précisions à toutes les entreprises de pompes funèbres et je les ai conviées à une rencontre début janvier. Ci-dessous, je voudrais clarifier encore une fois le pourquoi et l’objectif de ces directives.

Liturgie des funérailles…

Les funérailles sont un secteur important de la vie paroissiale. Les directives publiées pour notre diocèse ont leurs racines dans le même contexte que la constitution d’unités pastorales. Lorsque celle-ci a été décidée en 2002, beaucoup de gens ont cru que le nombre réduit de prêtres disponibles en était la raison. Il est vrai qu’elle a été l’occasion de cette opération, mais elle n’en est pas la première explication. Il faut plutôt la chercher dans le nombre réduit de pratiquants réguliers et dans l’affaiblissement des forces vives dans les paroisses. Une mise à jour de la pastorale et, en conséquence, des structures paroissiales aux réalités d’aujourd’hui s’imposait impérativement.

La décision de célébrer les funérailles sans messe, sauf si les familles le demandent, a bel et bien ses racines dans ce même contexte contemporain. Tôt ou tard, la raréfaction de prêtres nous aurait obligés à prendre des mesures. Dans de nombreuses paroisses, la pratique dominicale régulière est faible. Tout le monde en est bien conscient. Par conséquent, parmi les défunts ou leurs familles, on rencontrera également la même proportion de non-pratiquants ou de baptisés qui n’ont plus qu’une relation sporadique avec l’Église. Nous sommes tous heureux de constater que, malgré cela, beaucoup parmi eux souhaitent des funérailles chrétiennes. Cette même observation est faite pour le mariage : beaucoup de fiancés souhaitent passer par l’église.

La question, longuement discutée avant d’en arriver aux directives actuelles, est de savoir si la célébration des funérailles et du mariage doit nécessairement se faire dans le cadre de la messe. Depuis un certain temps déjà, la réponse semble évoluer vers un non pour les mariages. En ce qui concerne les funérailles, je voudrais inviter les chrétiens à y réfléchir sérieusement. Pour donner une assise sereine à cette réflexion, il faut absolument dissiper le malentendu qui fait croire que les funérailles sans messe seraient moins valables ou moins belles que celles avec messe. Il y a toujours proclamation de la Parole de Dieu et homélie ; ces liturgies sont soignées. Qu’on songe au déroulement des mariages sans messe. Les directives prévoient que la forme liturgique des funérailles est à discuter entre la famille et le prêtre ou le diacre ou encore l’équipe funérailles. C’est en toute vérité et sans le moindre jugement sur la personne défunte ou la famille qu’une décision doit être prise.

Et puis, il y a encore l’assemblée qui participera aux funérailles (tout comme c’est également le cas pour les mariages). Certains, et même parfois beaucoup, ne sont plus en « terrain connu » quand ils participent à une messe. On peut le regretter, mais telle est la réalité. Je suis convaincu qu’eux aussi apprécient à sa juste valeur, une célébration de la Parole de Dieu lors de funérailles.

…. dans une église

Mes « Mots » publiés en novembre et décembre 2009 ont voulu souligner que les funérailles devraient toujours être une célébration de la communauté chrétienne. La communauté se doit d’accompagner un frère ou une sœur lors de son grand passage, comme elle l’a accueilli lors du baptême et pour d’autres sacrements. Les défunts baptisés étaient et restent membres de l’Église, qu’ils soient pratiquants réguliers ou non. Dès lors, il est normal que les funérailles soient célébrées dans une église. L’église est le lieu habituel du rassemblement des chrétiens. Il serait vraiment dommage que les funérailles perdent leur dimension ecclésiale. Il va de soi que cette réflexion veut d’abord et surtout faire réfléchir et n’est pas un « ordre ». En chaque cas, les pasteurs seront à l’écoute de la famille et chercheront avec elle le choix le plus indiqué.

Messe dominicale

Pour souligner la place que tout chrétien a dans la communauté chrétienne, une directive prévoit que, lors d’une messe dominicale, chaque unité pastorale fera mémoire de tous ses défunts du mois et y invite les familles. Ainsi, les frères et sœurs dans la foi portent leurs défunts dans l’espérance qui nous est donnée par la résurrection du Christ.

Des questions subsistent

Tout n’a pas été dit. J’espère tout de même avoir réussi à éveiller les esprits et les cœurs pour qu’ils prennent conscience de la situation réelle de la foi et surtout qu’ils puissent grandir dans la foi. N’est-il pas important de découvrir la grandeur et la beauté des sacrements et de les vivre en vérité ? Je souhaite que, les émotions étant apaisées, revienne la sérénité nécessaire pour y réfléchir calmement, seul et en groupe.

+ Aloys Jousten, Évêque de Liège